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Voici ma lettre, envoyée aujourd’hui au Premier Ministre du Canada, Justin Trudeau, pour célébrer ce Mois National de l’Histoire Autochtone en Juin et pour soutenir le mouvement ‘Land Back’, qui revendique le droit indéniable des autochtones d’avoir et de gouverner leurs propres territoires au Canada.

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Au très honorable Justin Trudeau, premier ministre du Canada

Je m’appelle Mylène Dinh-Robic. Je suis mère, comédienne, écrivaine et activiste environnementale. Je suis originaire de Montréal, mais depuis 5 ans maintenant, mes deux enfants, Edward (5 ans), Élénore (6 ans) et moi, habitons la ville de Shefford, dans les Cantons de L’Est du Québec. Depuis quelques semaines, nous nous préparons tous les trois avec grande joie pour le mois de Juin, mois dédié, comme vous le savez bien, à la célébration de l’Histoire Autochtone au Canada. Je ne suis pas d’origine iroquoise et n’ai pas d’ascendance familiale autochtone, mais la situation présente des Premières Nations, des Inuits et des Métis dans notre pays, leur rêve de pouvoir à nouveau vivre indépendamment, libre de gouverner et de gérer leurs propres territoires, m’est aujourd’hui très cher. L’histoire de ces peuples et mon vif intérêt pour l’avenir de leur cause viennent aujourd’hui s’ancrer dans ma propre histoire et mes propres racines.

Ma mère, My Van Dinh, est d’origine Vietnamienne, de cette ville au Sud du pays qui se nommait autrefois Saigon. Elle est arrivée au Canada en 1975, comme bien de ces réfugiés baptisés aujourd’hui ‘Boat People’, en fuyant la guerre, la persécution et la perte de son pays. Mon père, Georges Robic, un Francophone Québécois, a rencontré ma mère à Montréal en 1976, alors qu’elle travaillait dans son cabinet d’avocat, ROBIC. Mon héritage est donc fortement imbibé de cette pluralité magnifique que représente l’immigration agencée à l’une de nos deux solitudes Canadiennes, la culture Francophone. Il va donc de soi que je suis de nature à célébrer haut et fort l’héritage multiculturel et constitutionnel de mon pays. Le fait que ma mère ait pu retrouver une terre promise ici suite à la perte de la sienne en Asie, et l’héritage fièrement Québécois de mon père, ont semé en moi une profonde appréciation pour l’Égalité et pour ce que cela veut vraiment dire d’être justement représenté à Ottawa.

Il existe selon moi une troisième solitude au Canada. À ce jour, les peuples autochtones n’ont toujours pas de représentants réels au Parlement, n’ont jamais pu choisir ou élire qui que ce soit parmi les leurs pour les représenter adéquatement au sein du gouvernement. Ils vivent donc aujourd’hui dans les marges de leurs propres terres. Ma mère est venue de l’autre bout du monde et se voit dotée de représentants de son choix au gouvernement. Les ancêtres de mon père ont bâti et participé à la création de notre gouvernement fédéral, un gouvernement tissé par deux traditions de gouvernance culturellement très différentes, celles des Anglais et des Français. Pourquoi alors, ne pas évoluer vers une troisième solitude, celle de nos peuples autochtones? Eux, qui étaient après tout ici bien avant nous, nos ancêtres ou nos immigrants.

Je suis humblement convaincue que nous ne serions qu’enrichis collectivement par l’inclusion et le partage de nos terres et de leur gouvernance avec les Premières Nations, Inuit et Métis. C’est pourquoi je vous écris aujourd’hui Monsieur le Premier Ministre pour vous demander de supporter le mouvement ‘Land Back’. En d’autres mots, je crois qu’il est grand temps de passer à l’action et que nous devons agir, tous ensemble, pour supporter le droit des peuples autochtones de gouverner leurs propres territoires. Les excuses publiques et médiatisées qui se multiplient de la part du gouvernement, pour tous les torts commis dans le passé, ne rendront jamais à ces peuples ce qu’ils ont perdu de plus cher: leur pays, leurs terres et leur droit de les gouverner, selon leurs meurs et traditions.

Et c’est en fait de ces meurs et traditions autochtones dont j’avais le plus envie de vous parler aujourd’hui, de cette capacité innée qu’ils ont, eux, de vivre en harmonie avec la Nature et de protéger nos forêts, nos lacs, nos montagnes et toute la biodiversité qui s’y installe. Par les temps qui cours, alors que les océans de ce monde sont contaminés par le plastique et les forêts brûlent de part et d’autre, que l’économie mondiale s’obstine encore à bouder le développement durable et les sources d’énergies renouvelables, au profit des profits… ne serait-il pas le temps de retourner aux sources autochtones de notre pays? D’écouter, de célébrer et de protéger ceux qui savent, beaucoup mieux que nous, comment protéger cette Nature qui nous entoure et qui nous berce sans attentes depuis la nuit des temps?

Je vous remercie beaucoup Monsieur le Premier Ministre d’avoir pris le temps de me lire.

Meilleurs vœux et amour des Cantons de l’Est du Québec, de ma famille à la vôtre.

Sincèrement,

Mylène Dinh-Robic

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Je voudrais enfin exprimer ma profonde gratitude envers la Fondation David Suzuki pour leur travail constant et acharné envers la protection de la nature et de l’environnement et plus particulièrement ce mois-ci, pour l’outil extraordinaire d’apprentissage que la fondation a créé et qui est présentement disponible sur leur site internet. Merci pour cette rétrospective et cet exposé inspirant sur l’importance du mouvement Land Back. Et merci aussi de m’avoir inspirée à écrire personnellement à notre premier ministre.

Pour comprendre l’histoire, le présent et l’avenir du mouvement Land Back, qui n’est malheureusement disponible qu’en anglais pour le moment, visitez: https://davidsuzuki.org/what-you-can-do/what-is-land-back/